Boîte de dérivation : schéma et branchement expliqués pas à pas

Darwin Blandeau

avril 18, 2026

En bref : Une boîte de dérivation (ou boîte de jonction) est le point névralgique où les fils électriques se rejoignent et se séparent pour alimenter plusieurs appareils (prises, luminaires) à partir d’un seul circuit venant du tableau. Elle doit rester accessible (pas cachée derrière un placo) et son installation, à la portée d’un bon bricoleur, repose sur la rigueur, la sécurité et une bonne organisation des connexions.

Si vous avez déjà ouvert un plafond ou un mur lors de rénovations, vous êtes forcément tombé sur cette petite boîte blanche, remplie de fils de couleurs et de dominos. C’est le carrefour discret mais essentiel de votre installation électrique. Pour un électricien, c’est une routine. Pour le bricoleur, ça peut être une source d’interrogation, voire d’inquiétude.

Pourtant, comprendre et même installer une boîte de dérivation soi-même est parfaitement réalisable. C’est une compétence qui vous rend autonome pour ajouter une prise, déplacer un point lumineux ou simplement dépanner. Je vais vous guider, pas à pas, en mettant l’accent sur la méthode et la sécurité, bien plus importantes que la simple théorie.

À quoi sert vraiment une boîte de dérivation ?

Imaginons votre tableau électrique comme le cœur qui envoie le courant dans des artères (les circuits). La boîte de dérivation, c’est la première grande intersection. Au lieu de tirer un câble individuel du tableau vers chaque prise de la pièce (ce qui serait un gaspillage de matière et un encombrement monstre), on en tire un seul jusqu’à une boîte stratégique. De là, on « dérive » l’alimentation vers les différents points à desservir.

Son rôle est triple :

  • Centraliser les connexions : Regrouper les fils dans un endroit unique et identifiable.
  • Faciliter la maintenance : Pouvoir accéder à toutes les connexions d’un circuit pour un dépannage ou une modification future.
  • Assurer la sécurité : Isoler les connexions dans un boîtier ininflammable et protéger des contacts accidentels.

⚠️ Astuce Darwin : Le point non-négociable
Une règle d’or, souvent ignorée : une boîte de dérivation doit TOUJOURS rester accessible. Pas question de la sceller derrière une plaque de plâtre ou de la carreler. Si un problème survient, il faut pouvoir y accéder sans tout casser. La norme impose un accès « sans démontage d’élément de construction ». Pensez-y avant de faire une cloison !

Le principe de câblage, démystifié

Pas de panique avec les schémas électriques. Le principe est d’une logique implacable. Dans une boîte, vous avez trois « familles » de fils à gérer, reconnaissables à leur couleur (norme française) :

  • 🔴 La Phase (Rouge ou Marron) : C’est le fil « actif » qui amène le courant.
  • 🔵 Le Neutre (Bleu) : Il complète le circuit pour le retour du courant.
  • 🟢🟡 La Terre (Vert et Jaune) : Le fil de sécurité, vital pour protéger des électrocutions.

La logique de connexion est simple : on relie entre eux tous les fils de même couleur. L’alimentation venant du tableau arrive avec son jeu Phase/Neutre/Terre. Chaque départ vers une prise ou un luminaire a aussi son jeu Phase/Neutre/Terre. Il suffit de mettre tous les rouges ensemble, tous les bleus ensemble, et tous les vert-jaune ensemble.

boîte de dérivation schéma

Pour ces connexions, trois écoles s’affrontent :

MéthodeAvantagesInconvénientsMon avis
Dominos en porcelaineBon marché, robuste, traditionnel.Plus long à installer, vis à serrer (risque de faux-contact).Fiable si bien serré, mais dépassé.
Bornes à déclic (Wago, Nylbloc)Rapide, sans outil, connexion parfaite et visible.Plus cher à l’achat.Mon choix n°1. Le gain de temps et de sécurité vaut largement le coût.
Connecteurs auto-serrantsTrès rapide pour les petits fils.Pas toujours adaptés à toutes les sections, moins de visibilité.Parfait pour les dépannages ou les petits circuits.

Installation pas à pas : la méthode qui marche

Étape 0 : La sécurité, avant tout le reste

Ce n’est pas une étape, c’est une condition sine qua non. Coupez le courant au disjoncteur général. Pas juste au disjoncteur du circuit, au général. Ensuite, vérifiez l’absence de tension avec un vérificateur de tension ou un multimètre sur chaque fil. Ce geste vous sauve la vie. Pensez-y.

Étape 1 : Choisir et fixer la boîte

Le choix dépend de votre mur et de l’emplacement.

  • En saillie : La plus simple. On la visse sur le mur. Idéale pour les caves, garages, ateliers, ou les murs impossibles à creuser. Choisissez un modèle avec un couvercle esthétique si c’est en vue.
  • Encastrée : La plus discrète. Pour le placo, utilisez une boîte d’encastrement spécifique. Pour un mur plein, il faudra faire une saignée et un trou au trépan, puis la sceller au plâtre ou à la mousse expansive.

📐 Astuce Darwin : L’organisation avant le branchement
Avant de connecter quoi que ce soit, faites rentrer tous vos câbles dans la boîte et coupez-les à la même longueur. Dénudez-les tous uniformément (environ 12 mm). Ensuite, triez-les et pliez-les proprement par couleur. Ce temps pris en amont rend le branchement intuitif et évite le fameux « spaghetti » impossible à démêler plus tard.

Étape 2 : Le branchement propre

1. Commencez par la Terre. C’est la bonne pratique. Regroupez tous les fils vert-jaune dans une borne dédiée.
2. Passez au Neutre. Regroupez tous les fils bleus.
3. Terminez par la Phase. Regroupez tous les fils rouges/marron.

Cette ordre a une logique : si votre outil glisse, vous toucherez d’abord le fil de terre (inoffensif) plutôt que la phase.

Étape 3 : Le test et la finition

Avant de refermer, tirez légèrement sur chaque fil pour vérifier qu’il est bien bloqué dans sa borne. Ensuite, et seulement ensuite, vous pouvez remettre le courant au disjoncteur général pour tester le fonctionnement de vos prises ou luminaires. Si tout marche, recoupez le courant et fixez le couvercle.


Les pièges à éviter absolument

  • Mélanger des circuits de sections différentes : Ne reliez pas un câble de 1.5mm² (pour l’éclairage) avec un de 2.5mm² (pour les prises) sur la même borne. La capacité de courant n’est plus garantie.
  • Oublier l’étiquetage : Sur le couvercle ou à l’intérieur, notez au stylo indélébile ce que dessert la boîte (« Circuit Prise Chambre 1 »). Dans 5 ans, vous vous remercierez.
  • Surcharger une boîte : Trop de câbles tassés empêchent une bonne dissipation de la chaleur et rendent l’ensemble illisible. Utilisez une boîte plus grande si nécessaire.
  • Négliger l’étanchéité en extérieur : Pour un jardin ou une façade, une boîte étanche (indice de protection IP65 minimum) est obligatoire.

🚨 Rappel de Norme
Un circuit de prises de courant (en 2.5mm² protégé par un 16A ou 20A) peut alimenter au maximum 8 prises. Au-delà, il faut créer un nouveau circuit. C’est la règle NF C 15-100. Votre boîte de dérivation ne doit pas devenir le point de départ de plus de prises que cela.

✨ Mon verdict

Installer une boîte de dérivation n’est pas un acte de magie noire, c’est une question de logique, d’organisation et de respect des règles de sécurité. C’est l’un des gestes les plus formateurs pour qui veut comprendre son installation électrique.

Les trois points clés à retenir ? Un : coupez toujours le courant au général et vérifiez l’absence de tension. C’est non-négociable. Deux : organisez vos fils (Terre, Neutre, Phase) avant de connecter. Un peu de rangement évite des heures de galère. Trois : privilégiez les bornes à déclic (type Wago) pour des connexions sûres, rapides et sans stress de serrage.

Ma recommandation personnelle ? Commencez par un projet simple, comme ajouter une prise en saillie dans votre garage. Avec les bons outils et cette méthode en tête, vous verrez, c’est largement à votre portée. Et si le doute persiste, surtout pour des circuits complexes ou en encastré, faire appel à un pro reste le choix de la sagesse.

Et vous, avez-vous déjà été intimidé par le contenu d’une boîte de dérivation ? Ou au contraire, avez-vous franchi le pas de l’installation vous-même ? Partagez votre expérience en commentaire, les retours de terrain, c’est ce qu’il y a de plus instructif !

Peut-on cacher une boîte de dérivation derrière un placard ou un faux-plafond ?

Non, absolument pas. La norme NF C 15-100 est très claire : les boîtes de dérivation doivent être accessibles en permanence, sans avoir à démonter un élément fixe de la construction (comme un placard encastré, une cloison, un faux-plafond). L’idée est de pouvoir intervenir pour un dépannage ou une vérification sans tout casser. Vous pouvez la placer dans un placard si la porte permet un accès direct, mais jamais derrière une structure fixe. Pour plus de détails sur les règles d’accessibilité, vous pouvez consulter le guide de Electricité Guide.

Combien de fils peut-on mettre dans une borne Wago ou un domino ?

Cela dépend du modèle et de la section des fils. Chaque connecteur est conçu pour un nombre maximum de conducteurs et une section totale donnée. Par exemple, un domino classique peut souvent accueillir 2 à 4 fils de 1.5 ou 2.5 mm². Les bornes Wago sont, elles, clairement étiquetées (ex. : « 222 » pour 2 fils de 0.5 à 2.5 mm², « 773 » pour 3 fils…). Il est impératif de respecter ces indications. Tasser trop de fils réduit le contact et peut provoquer un échauffement dangereux. Vérifiez toujours la notice technique du fabricant, comme celles disponibles sur le site de 123elec.

Quelle est la différence entre une boîte de dérivation et un tableau de répartition (tableau divisionnaire) ?

La boîte de dérivation est un point local de connexion sur un seul circuit. Elle permet de diviser ce circuit unique vers plusieurs appareils. Le tableau de répartition (ou divisionnaire) est, lui, une « mini-centrale » qui reçoit plusieurs circuits directement du tableau principal (via une seule alimentation générale) et les redistribue localement, souvent avec ses propres disjoncteurs de protection. On utilise un tableau divisionnaire pour alimenter un atelier éloigné ou une dépendance, alors qu’on utilise une boîte de dérivation pour répartir les prises dans une même pièce.

Faut-il mettre un domino par couleur de fil ou peut-on tout regrouper ?

Il faut un point de connexion par type de conducteur. Concrètement : un domino (ou une borne Wago) pour regrouper tous les fils de terre (vert/jaune). Un autre pour regrouper tous les fils neutres (bleu). Et un dernier pour regrouper tous les fils de phase (rouge/marron/noir). C’est la méthode standard et la plus sûre. Dans certaines installations très spécifiques (avec va-et-vient, télérupteur…), on peut avoir des phases de commande supplémentaires (fils oranges, violets) qui seront regroupées à part.

Puis-je installer une boîte de dérivation dans une salle de bain ?

Oui, mais sous conditions très strictes liées aux volumes de la salle de bain. Généralement, les boîtes de dérivation sont proscrites dans les volumes 0 et 1 (la baignoire/douche et la zone immédiate au-dessus). Elles peuvent être envisageables dans le volume 2 (à 60 cm de la baignoire/douche) et sont autorisées dans le volume 3, à condition que leur indice de protection (IP) soit adapté à l’humidité ambiante. En cas de doute, la prudence et les conseils d’un électricien professionnel sont de mise. Legrand propose un tutoriel sur les règles d’installation à consulter.

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