boomerang_pologneLes origines du boomerang remontent à la préhistoire. Ce sont des objets et des dessins qui nous sont parvenus de manière éparse depuis près de 400 siècles. C’est donc un travail archéologique continuel de reconstruction de l’histoire probable des bâtons de jet. La méconnaissance des origines vient de la nature de l’objet. Le bois ne se conserve que dans des conditions particulières ; ce sont donc quelques pièces en bois conservées accidentellement, ou réalisées dans d’autres matériaux plus pérennes qui nous sont parvenus. C’est le cas du plus vieux bâton de jet connu de l’Histoire, une pièce en ivoire trouvée en Pologne et datée de -23000 ans. Ce bâton a été taillé dans une défense de mammouth.

Notre apport de spécialistes du boomerang ne nous permet donc que de spéculer sur les usages du boomerang et des bois de jet en général. Par comparaison avec notre savoir actuel et les expérimentations, on peut retrouver les usages à partir des masses, des formes, des profils…

On a trouvé des bâtons de jet un peu partout dans le monde : Australie, Amérique du Nord et du Sud, Asie, Europe. Selon les ressources et les besoins des peuples considérés, ces derniers ont créés des outils différents. Les bâtons de jet répondent à un besoin, à une époque où les préoccupations tournent autour de la survie, de la protection et de la reproduction. L’intérêt d’utiliser un bâton de jet vient de la capacité qu’il donne à interagir à distance, avec ses congénères ou avec un gibier. Le lancer a aussi un aspect ludique, les enfants ont pu jouer un rôle déterminant dans le succès de l’utilisation des bâtons de jet. Leur créativité pourrait permis l’évolution de l’objet, par copie, modification, changement de matériau et autres expérimentations.

On peut supposer que c’est accidentellement que les bâtons ont évolué d’une forme brute à des formes plus évoluées. Par exemple, un bâton fendu en deux vole mieux, car son profil sera plus proche d’une section de profil aérodynamique. De même, la décoration des objets (suppression de l’écorce, gravures..) a pu influer positivement sur les caractéristiques aérodynamiques. Mais cela n’exclut pas la piste de la réflexion et de l’observation : la forme des ailes d’oiseaux, la forme des graines (samares).

Par la suite, l’apparition de la sagaie ou de l’arc, beaucoup plus efficaces dans la chasse, ont amené la plupart des peuplades à abandonner progressivement les bâtons de jet. C’est certainement le cas pour les hommes vivant sous des climats glaciaires, dont l’approvisionnement en gibier était crucial. Mais pour les contrées tropicales, on peut imaginer que l’abondance relative de la nature a permis aux hommes de disposer de temps pour les pratiques culturelles. L’utilisation des bâtons de jet a ainsi pu perdurer sous forme de jeu.
Le boomerang, qui aurait dû disparaître par son caractère non utilitariste et son efficacité relative, a été conservé notamment par les Aborigènes d’Australie. Isolés sur une grande île, imprégnés de spiritualité et par le rapport à la nature et aux grands espaces, ils ont ainsi migré le boomerang et les bâtons de jet du domaine cynégétique au domaine spirituel. On retrouve ainsi le boomerang à l’origine du mythe la création Aborigène, qui veut que le ciel fût repoussé par un homme grâce à un bâton. Cela permit aux hommes de se lever, et aux kangourous de sauter. Le bâton inutile, courbé par l’usage, fût jeté mais revint à son lanceur.boomerang_abo
En Indonésie également, les boomerangs étaient connus comme un jeu il y a plusieurs milliers d’années. La superposition de deux bambous tranchés longitudinalement et assemblés en forme de croix, a donné naissance aux premiers boomerangs quadripales avec une capacité de retour avérée.

Plus proches de nous temporellement, ces bâtons de jet ont été retrouvés dans des endroits aussi variés qu’en Egypte, dans les tombeaux des pharaons, en Afrique du Sud, ou encore chez les indiens Hopi en Amérique du Nord. Nos ancêtres gaulois n’échappent pas à la règle, avec la découverte de bois de jet au fond du lit de la Seine.

A travers tous ces exemples, il faut bien comprendre que si les Aborigènes d’Australie ont conservé une pratique et une culture incluant ces objets volants, c’est probablement la majorité des peuples premiers qui ont développé, à un moment ou un autre de leur histoire, les bâtons de jet et / ou les boomerangs. Et si aujourd’hui les techniques permettent de nouvelles trajectoires, des objets avec de nouvelles propriétés, ce n’est que l’évolution logique d’un objet dont la magie a traversé les âges.